Manger des insectes peut être dangereux

L'entomophagie ne serait pas si anodin que cela. La consommation d'insectes peut être dangereuse pour la santé et nécessite d'être mieux encadrée

C’est une première en France. Une agence officielle, en l’occurence l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), a réalisé une étude sur la « valorisation des insectes dans l’alimentation et l’état des lieux des connaissances scientifiques sur les risques sanitaires en lien avec la consommation des insectes »

Cet étude fait suite aux préconisations de L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) qui s’était prononcée en faveur du développement de l’élevage des insectes pour parvenir à nourrir plus de 9 milliards d’êtres humains d’ici 2030.

Et les premiers résultats de cette étude ne plaident pas vraiment en faveur de la consommation des insectes. Allergies, venins, substances chimiques et physiques (dards, …), ces petites bêtes disposent de tout un arsenal méconnu qui pourrait mettre en danger la vie des consommateurs.

Analyse des dangers liés à la consommation des insectes

Les dangers sanitaires associés aux insectes ou produits d’insectes peuvent être de deux grands types :

  • – spécifiques à l’espèce : présence de dangers microbiens ou d’origine microbienne, de corps étrangers, de substances toxiques (intrinsèques ou bioaccumulés), de substances anti-nutritionnelles ou d’allergènes ;
  • – liés aux pratiques d’élevage (alimentation, médicaments vétérinaires), de transformation ou encore aux conditions de conservation et de transport. Les dangers présentés ici peuvent concerner à la fois l’alimentation humaine et animale, et décrivent surtout le manque de connaissance permettant une analyse des dangers exhaustive.

Conclusions et recommandations de l’ANSES

Au terme d’une étude de 42 pages que vous pouvez télécharger en suivant ce lien, l’ANSES conclu par les recommandations suivantes :

L’entomophagie est une pratique très répandue dans certaines parties du monde (Afrique, Asie, Amérique latine) où elle peut faire partie de la culture alimentaire traditionnelle.

La FAO estime que « Les insectes complètent les régimes alimentaires d’environ deux milliards de personnes » dans le monde et s’est prononcée en faveur du développement de l’élevage d’insectes à grand échelle pour répondre aux inquiétudes croissantes sur la sécurité alimentaire et l’approvisionnement en protéines.

En Europe, cette pratique semble bénéficier d’un engouement croissant et plusieurs projets industriels et programmes de recherche accompagnent ce secteur naissant, et ce malgré une réglementation en vigueur (actuellement en pleine évolution) qui soulève de nombreuses interrogations. Un tel contexte a conduit l’Anses à mener un état des lieux des connaissances scientifiques sur le sujet, en insistant particulièrement sur la documentation des risques sanitaires éventuels liés à la consommation des insectes et produits d’insectes, à la fois en alimentation animale et humaine.

Ce travail a mis en évidence le manque de données scientifiques disponibles sur des sujets périphériques à cette étude comme l’impact environnemental de la production d’insectes comparé à d’autres sources de protéines (notamment sur les sujets de l’empreinte écologique et du coût énergétique) et l’intérêt nutritionnel des différentes espèces d’insectes et produits d’insectes. Ce constat est également valable en ce qui concerne les thématiques au cœur de ce travail comme les dangers spécifiques liés aux insectes et à la sécurité sanitaire dans les pays consommateurs, qui à ce jour semble plus attestée par un historique de consommation que par des études scientifiques d’évaluation des risques

La présente étude a ainsi mis en exergue le besoin de recherches dans le but de permettre une évaluation complète des risques sanitaires liés à la consommation des insectes. En effet, comme tous les aliments, les insectes peuvent véhiculer certains dangers qui doivent être maîtrisés par la fixation de normes spécifiques afin de réduire les risques potentiels liés à la consommation de ces produits.

Ces dangers sont principalement liés à :

  • des substances endogènes et spécifiques à certaines catégories d’insectes possédant des venins ou des facteurs antinutritionnels.
  • aux conditions d’élevage et de production pour lesquelles il conviendrait de définir un encadrement spécifique permettant de garantir la maîtrise des risques sanitaires ;
  • des sensibilités spécifiques à certains consommateurs, compte tenu de la présence dans les insectes de pan-allergènes communs à l’ensemble des arthropodes (acariens, crustacés, mollusques, etc.).

L’Anses recommande ainsi :

  • d’accentuer l’effort de recherche sur ces thématiques ;
  • d’établir au niveau communautaire des listes positives et négatives, des différentes espèces et stades de développement d’insectes pouvant ou non être consommés ;
  • d’explorer au plan scientifique la question du bien-être animal pour ces catégories d’invertébrés;
  • de définir un encadrement spécifique des conditions d’élevage et de production des insectes et de leurs produits permettant de garantir la maîtrise des risques sanitaires ;
  • de fixer des mesures de prévention du risque allergique à la fois pour les consommateurs et en milieu professionnel.

En attendant, la mise en place de ces normes spécifiques et d’un encadrement adapté, l’Anses appelle les consommateurs à la prudence notamment s’ils présentent un terrain favorable aux allergies alimentaires.

Au-delà des enjeux d’expertise spécifiquement associés aux questions d’évaluation des risques sanitaires et des bénéfices nutritionnels relatifs à la consommation des insectes, l’Anses souligne les forts enjeux de connaissances portant sur l’acceptabilité sociétale de ces nouvelles consommations ou encore sur les enjeux de développement et d’impact environnementaux qui y sont associés.

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Une réponse

  1. patrice cloozi 10 avril 2015

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